“Ce sport et cet animal me fascinent”, Yannick Agnel

Pour préparer sa reconversion, Yannick Agnel a notamment étudié à l’université Paris Dauphine.
Crédit : Nicolas Fagot/Studio 9/Université Paris-Dauphine

Lundi 20 janvier - 09h46 | Sébastien Roullier

“Ce sport et cet animal me fascinent”, Yannick Agnel

À l’occasion de la cinquième édition de ses Journées sports, le 27 janvier à Saumur, l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE) accueillera quatre experts du haut niveau, dont Yannick Agnel, double champion olympique, du monde et d’Europe de natation. Il sera question de préparation mentale et d’accompagnement psychologique au service de la performance sportive, des outils qui ont aidé le Provençal de vingt-sept ans à briller dans les plus prestigieux bassins du monde. Désormais directeur sportif d’un jeune centre de formation de joueurs d’eSport, il a hâte de partager son expérience et découvrir un peu plus un univers équestre qui le “fascine”.

Comment vit-on le statut de retraité à vingt-sept ans, qui plus est à une période où le mot retraite est au cœur de l’actualité? À votre âge, bien des cavaliers n’ont même pas encore éclos à haut niveau!
Me concernant, le mot est peut-être un peu galvaudé, car je suis loin d’avoir suffisamment cotisé pour prétendre à la retraite! (rire) En tout cas, la fin d’une carrière sportive est un passage qu’il ne faut surtout pas prendre à la légère. Pour le réussir, il faut bien le préparer en amont (Yannick a notamment étudié à l’université Paris Dauphine). Si l’on ne prend pas le temps de réfléchir sérieusement à ce que l’on a envie de faire par la suite, cette “petite mort” peut durer plusieurs années. Aujourd’hui, en France, les sportifs sont aidés et accompagnés pour réussir cette transition. Cela peut passer par des validations des acquis de l’expérience, par exemple. Pour ma part, j’ai compris qu’il valait mieux décrocher le téléphone soi-même pour se lancer dans ce que l’on avait à cœur d’entreprendre plutôt que d’attendre telle ou telle sollicitation.
 
En quoi consiste votre nouveau rôle de directeur sportif de Mon Club eSport, l’une de vos nouvelles casquettes?
Il s’agit d’une structure professionnelle de eSport établie à Marseille, avec des académies un peu partout en France qui fonctionnent selon le modèle des clubs de football traditionnels. J’interviens auprès des joueurs de notre équipe professionnelle sur tout ce qui peut améliorer leurs performances en dehors du jeu vidéo en lui-même: préparation physique et mentale, suivi nutritionnel et médical, esprit d’équipe, échauffements et étirements pendant les périodes de compétition et d’entraînement, etc. Je trouve cela très intéressant parce que j’ai toujours été passionné de jeux vidéo. D’ailleurs, je sais qu’il en existe consacrés aux chevaux, mais je ne crois pas qu’ils fassent encore l’objet de compétitions d’eSport. Un jour peut-être, qui sait.
 
L’eSport n’est donc pas une affaire de gens qui n’ont pas le courage de transpirer et de se faire mal à l’entraînement?
Non, au contraire. Nos joueurs sont des athlètes accomplis. Ils n’ont pas tous le physique d’Arnold Schwarzenegger mais leur but est d’avoir un esprit sain dans un corps sain, comme tout athlète. La plupart des meilleurs joueurs ont une activité physique quotidienne et se soumettent à un suivi équivalent à celui d’un sportif de haut niveau.
 

“La préparation mentale doit être un outil au service de l’athlète”

 
À Saumur, vous interviendrez au sein d’un panel de haut niveau pour discuter de la préparation mentale. Comment définiriez-vous cette notion en quelques mots?
Je pense justement que ce sera une question au cœur de nos discussions lors de cette journée. Beaucoup de gens ont des idées préconçues et souvent erronées à ce sujet. Comme tout ce qui peut intervenir en dehors de la performance et de l’entraînement pur, la préparation mentale doit être un outil au service de l’athlète. Un outil à utiliser quand il en a besoin, avec parcimonie, et en amont ou de façon longitudinale plutôt que lorsqu’on se sent au fond du trou. Cela ne convient pas forcément à tout le monde. Pour certains, c’est très utile, voire essentiel, dans leur quête de performances et de régularité. Pour d’autres, ce n’est pas nécessaire, et il ne faut pas le leur imposer.
 
Durant votre magnifique carrière, ce travail mental vous a-t-il aidé à gagner des médailles? À franchir des obstacles que vous pensiez insurmontables? À vaincre vos peurs?
Absolument. Je faisais partie des gens qui pensaient ne pas en avoir besoin, et je me trompais complètement! J’aurais même dû y faire appel plus tôt. Notre intervention à Saumur devrait être très intéressante car il y aura des professionnels aguerris dans ce domaine, qui ont suivi des athlètes de très haut niveau pendant de nombreuses années*. Pour ma part, je me sers aujourd’hui de tous les écueils que j’ai rencontrés pour apporter le meilleur suivi possible aux joueurs d’eSport dont je m’occupe, et surtout leur éviter de se retrouver dans l’état mental que j’ai connu à un certain moment. Le but est de faire comprendre ce que c’est, par quels mécanismes on passe et pourquoi cela peut s’avérer très intéressant, quel que soit son sport. D’ailleurs, cela peut également être utile dans bien d’autres métiers ou activités.
 
En équitation, il faut parvenir à l’harmonie entre deux êtres vivants. Cela ne rend-il pas les choses plus compliquées d’un point de vue mental?
L’équitation a des spécificités, y compris certaines dont je n’ai sûrement pas encore idée, qui en font un sport un peu à part, mais il y a sûrement aussi des aspects communs et des ponts qui la relie à d’autres disciplines. Je ne suis absolument pas un expert, mais il me semble qu’être un bon cavalier requiert d’abord de connaître son corps mieux que personne, puis une grande empathie pour jauger la sensibilité et l’état du cheval avec lequel on fait corps. En tout cas, quel que soit le sport, mieux vaudra toujours aborder une compétition dans le meilleur état d’esprit possible.
 

“Je suis un amoureux des bêtes en général”

 
Quelle vision avez-vous de ce sport? Avez-vous déjà assisté à une compétition? Êtes-vous déjà monté sur un cheval?
J’en ai déjà monté quelques-uns, mais je n’ai jamais pratiqué l’équitation au sens sportif du terme. Ayant grandi tout près de la Camargue, j’ai surtout rencontré les chevaux blancs typiques de la région à l’occasion de balades dans la nature et les marais. En revanche, j’ai pas mal d’amis qui ont passé des Galops et eu des chevaux. Ce sport et cet animal me fascinent. Je suis un amoureux des bêtes en général. Alors je profiterai de cette journée à Saumur pour en apprendre un peu plus à ce sujet.
 
Entre les affaires de corruption et de dopage, le monde du sport et l’olympisme ne traversent pas le plus bel âge de leur histoire… Quel est votre degré de confiance en l’avenir?
Si l’on se focalise sur ces affaires, il est clair qu’on est loin de l’esprit véhiculé par une cérémonie d’ouverture de Jeux olympiques. Pour autant, il était sûrement nécessaire que ces affaires sortent, que le vase déborde et qu’on traite ces problèmes. Désormais, le plus important est de bâtir le système le moins corruptible et le plus respecté possible. C’est complexe, parce que la politique entre en jeu à un certain niveau. Je ne suis pas non plus un expert de ces questions, mais on pourrait au moins renforcer les contrôles antidopage et durcir les sanctions. Je ne suis d’ailleurs pas le seul à le penser. Je militerai toute ma vie pour un sport propre. La tricherie fait partie de l’humain, mais nous devons dépasser cela et faire tout notre possible pour l’évincer.
 
*Lors de cette riche journée, Yannick Agnel sera présent aux côtés de Gwladys Nocera, l’une des meilleures golfeuses françaises, récemment devenue coach, Meriem Salmi, responsable du suivi psychologique à l’INSEP, qui a notamment accompagné le légendaire judoka Teddy Riner, ainsi que Richard Ouvrard, accompagnateur et coach œuvrant notamment au service de l’équipe de France de handball.
 
Informations pratiques
Journée sport de l’IFCE, lundi 27 janvier de 9h à 17h (restauration possible sur place)
Plein tarif : 45 € (inscription en ligne)
Tarif réduit (groupe à partir de cinq personnes) : 30 € par personne (contacter l’IFCE à [email protected] ou au 06.19.22.71.85)
Tarif duo (pour les participants aux Journées du complet) : 30 € (contacter Aurore Emo à [email protected] ou au 06.19.22.71.85)
Renseignements et réservations ici

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