“Callas me manque, mais la transition ne pouvait pas mieux se passer”, Ilona Mezzadri

Après une année 2020 particulièrement tumultueuse, durant laquelle elle a tout de même pu concrétiser sa transition à cheval, Ilona Mezzadri entend bien enfoncer le clou cette année. Soucieuse de continuer à progresser et à valoriser ses chevaux, l’ancienne cavalière de Callas Rezidal Z se fixe le championnat de France Juniors comme objectif principal pour 2021. 



Ilona Mezzadri et Callas Rezidal Z

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L’année 2020 a été absolument inédite, en raison de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19. Quel regard portez-vous désormais sur cette période qui, comme vous l’aviez déjà confié, a été très difficile à vivre pour vous? 

L’an 2020 a effectivement été difficile, mais également très enrichissant. J’ai dû monter mes chevaux seule pendant quelque temps, puisque mon coach (Éric Denarnaud, des écuries de la Clémenterie, ndlr) n’avait plus le droit d’enseigner pendant le premier confinement, durant lequel il y avait d’ailleurs eu plusieurs contrôles aux écuries. À mon âge, travailler sans conseils extérieurs est particulièrement compliqué, surtout qu’il me fallait absolument garder mes chevaux au meilleur de leur forme afin d’être parée pour la reprise des concours! Même si mon coach nous suivait du coin de l’œil, je me suis sentie assez seule et à un moment, j’ai vraiment perdu la motivation, ce qui a été largement renforcé par l’absence d’objectif sportif. En revanche, cette période m’a néanmoins permis de réfléchir à ma transition de poney à cheval, ce qui a été positif. Je voyais la fin de la saison de concours approcher et tous les événements Poneys s’annuler, alors j’ai pensé que le moment était venu d’accomplir cette transition. J’ai directement pu monter de très bons chevaux, qui ont été en forme à la reprise des concours et avec lesquels j’ai réussi de beaux parcours l’été dernier. Avec le recul, je retiens donc davantage les aspects positifs de cette période. 

Hélas, le contexte sanitaire ne s’est malheureusement pas beaucoup amélioré. Comment appréhendez-vous la situation actuelle?  

Aujourd’hui, les concours professionnels ont repris à huis clos, ce qui est une excellente chose. Dans mon cas, étant mineure, la question de l’accompagnement demeure assez compliquée, puisque mes parents sont obligés de remplir des attestations pour pouvoir se rendre avec moi sur les terrains de concours. Du point de vue de l’organisation, les choses restent également complexes, car l’avenir demeure incertain. Des concours s’organisent, mais les programmes précis n’en sont pas forcément communiqués et nous n’avons donc pas une très bonne visibilité. Je ne prépare donc pas à vivre une saison de concours classique, durant laquelle j’ai normalement un programme clairement établi et des objectifs précis en vue desquels travailler. En revanche, j’ai l’occasion, dans mes écuries, de constater que la situation est bien moins favorable pour les cavaliers des catégories Amateur et Poney, ce qui me permet de relativiser: je n’ai pas trop à me plaindre! 

La transition entre poneys et chevaux est un cap important pour tous les cavaliers de votre âge. Quels ont été vos meilleurs moments à poney et comment s’est passé ce changement?  

Pour ce qui est de mes années à poney, je retiendrai tous mes Grand Prix avec Callas (Rezidal, Z, Campione x Caletto, ndlr), qui ont été des moments formidables, avec des victoires toujours plus émouvantes et une vraie régularité. Notre complicité se traduisait parfaitement sur les terrains de concours. Je garde particulièrement en mémoire notre deuxième Grand Prix au haras de Jardy, une épreuve considérée comme très difficile, mais également mon premier Grand Prix international à l’étranger, à Hagen en 2018, ainsi que ma première Coupe des nations, au Bonneau International Poney, également 2018, ou encore les championnats d’Europe de 2018 et 2019. 

En ce qui concerne ma transition à cheval, j’ai la chance que mon coach ait très bien anticipé les choses: il a toujours tenu à me faire monter à cheval en parallèle de mes poneys, sachant que j’en aurais besoin pour mon avenir. Plus d’un an avant ma transition, j’ai également commencé à sérieusement rechercher des chevaux. Les choses se sont extrêmement bien déroulées grâce à cette anticipation, et elles ont également été facilitées par le système de location mis en place par mon coach, qui permet à ses cavaliers d’accéder au plus haut niveau grâce à d’excellents chevaux. 



“J’ai tout de suite eu un vrai coup de cœur pour Anfère de la Fontaine”

Ilona Mezzadri et Diamond's Dream

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Avec quels chevaux évoluez-vous désormais? 

J’ai un groupe de tête composé d’Arcy Fou (SF, Ogano Sitte x Orlando, ndlr) et Diamond’s Dream (SF, Canabis Z x Quincy), qui appartiennent à mes parents et moi, et d’Anfère de la Fontaine (SF, Jarnac x Paladin des Ifs) une jument avec beaucoup de caractère qui appartient à mon coach. Elle me fait penser à Callas; les deux sont de vraies princesses…! Je pense qu’Anfère a un vrai don: elle est atypique, très maline. J’ai tout de suite eu un vrai coup de cœur pour elle. Les bons résultats sont également arrivés très vite: je devais commencer par de “petites” épreuves mais elle cela s’est si bien passé dès nos premiers parcours que je l’ai rapidement engagée dans des épreuves plus hautes. Depuis plusieurs années, je monte aussi une fille de Callas, Venyse Ste Hermelle (SF, Panys de Ste Hermelle), qui appartient à mon coach, ainsi qu’Ebay des Forêts (SF, Untouchable M x Corofino) qui m’a été confié pour être valorisé et commercialisé, et Eramys Ste Hermelle (SF, Trésor V x Billy du Lys) qui est également à vendre… J’ai donc la chance d’avoir plusieurs chevaux à valoriser, ce qui me permet de beaucoup apprendre. C’est très enrichissant.  

Ce faisant, vous vous êtes forcément éloignée de Callas, qui semble avoir une place particulière dans votre cœur, vous ayant notamment offert deux médailles de bronze aux championnats d’Europe Poneys de 2019. Comment avez-vous vécu cette séparation? Continuez-vous de la voir ou de la monter? 

Callas appartient à mon coach. Il a reçu beaucoup de propositions mais il a toujours refusé de la vendre. Ce qui le fait vibrer, c’est vraiment d’amener ses cavaliers à décrocher des médailles en leur mettant de bons chevaux à disposition. J’ai monté Callas pendant quatre ans. Au début, ce n’était pas facile car elle a un fort caractère. Lors de l’un de nos premiers concours, je suis tombée avant même de débuter une épreuve, dont nous étions finalement sorties sans faute! Mon coach a toujours cru en nous, même quand c’était compliqué, et m’a vraiment fait confiance… Nous avons tout de même eu de très bons résultats dès le départ, évoluant assez discrètement car Éric préférait que je ne m’expose pas trop vu mon jeune âge. Il a néanmoins su me dire, le moment venu, que j’étais prête à me lancer en Grands Prix, en m’expliquant que Callas et moi y serions scrutées notamment par des sélectionneurs. À cette époque, les objectifs n’étaient absolument pas fixés et les choses se sont faites très naturellement: j’ai d’abord été sélectionnée pour le BIP de Fontainebleau, puis pour le CSIOP de Hagen… Avec Callas, tout a continué de très bien se passer malgré le stress que j’ai pu ressentir lors de certaines épreuves. Elle m’a pardonné toutes mes erreurs, ce qui prouve la qualité de notre relation.  

Callas vit donc toujours dans les écuries où je monte, et dont elle est un peu la star (rires)! Il m’a été difficile de réaliser que je ne la monterai plus en concours, de renoncer à nos beaux moments ensemble, notamment nos balades… Je la vois cependant tous les jours, et je la monte parfois, notamment pour conseiller son nouveau cavalier, Léo Nerzic. Callas me manque, c’est vrai, mais la transition ne pouvait pas mieux se passer, et je lui souhaite le meilleur avec Léo.  



“Tant que j’ai la possibilité de continuer mes études, je le ferai”

Compte tenu de vos débuts concluants à cheval et en espérant que l’année 2021 soit plus riche en concours, quels sont vos prochains objectifs?  

L’été dernier a été vraiment super, j’ai notamment eu de très beaux résultats en CSI?1* et 2* avec Arcy Fou (vainqueur d’une épreuve à 1,40m au CSIOJ de Fontainebleau Classic, en août dernier, ndlr) et Venyse Ste Hermelle. La saison indoor a été un peu plus compliquée. C’était très différent de ce que je connaissais et le fait d’évoluer en manège a pu troubler certains de mes chevaux. Là encore, j’ai tout de même obtenu de bons résultats, notamment avec Arcy en décembre au Mans, à des hauteurs allant d’1,20m à 1,40m, ou encore avec Anfère, septième d’une épreuve à 1,35m en novembre au Mans. L’objectif était de toute façon de progresser plus que de gagner. Pour le reste, je devais concourir à Villers-Vicomte du 17 au 21 février, mais le concours a malheureusement été annulé en raison du froid. Je compte aller à Auvers pour l’étape du Grand National (prévue du 11 au 14 mars, ndlr). Mon objectif le plus important est indéniablement le championnat de France Juniors de cet été. Le reste, ce sera du bonus. Ce qui m’importe globalement, c’est de continuer à progresser avec mes chevaux et de vendre ceux qui m’ont été confiés.  

Malgré vos succès, vous ne négligez pas votre scolarité. Comment réussissez-vous à concilier les deux? Prévoyez-vous à terme de vous consacrer entièrement à l’équitation ou aux études? 

Je suis actuellement scolarisée dans une école située à Paris, qui accueille uniquement des sportifs de haut niveau. Cela me change du collège, époque durant laquelle j’étais scolarisée dans un établissement classique et où je devais me contenter de monter à cheval après les cours. Même si mon lycée fonctionne avec des horaires aménagés, nous suivons le programme officiel. Nos heures de cours sont regroupées le matin, ce qui nous permet d’avoir nos après-midi libres pour avancer sur le travail scolaire et surtout pour faire du sport. Cette organisation constitue pour moi un réel atout. Dans les lycées classiques, les emplois du temps ressemblent souvent à des gruyères. Pour l’instant, je n’ai donc pas de choix à faire entre ma carrière sportive et ma scolarité. Je suis très contente de cet équilibre, qui me permet aussi d’avoir une vie sociale normale. Tant que j’ai la possibilité de continuer mes études, je le ferai, même si j’envisage à terme une carrière dans l’équitation. Je m’inspire sur ce point de cavaliers comme Jeanne Sadran ou Victor Levecque, qui concilient les deux à merveille.