“Il ne faudrait surtout pas modifier l’encadrement actuel des équipes de France”, Anne de Sainte Marie

Dans deux semaines, à l’issue d’une nouvelle assemblée générale élective, qui se tiendra à huis clos à Lamotte-Beuvron, on connaîtra le nom du président de la Fédération française d’équitation. D’ici là, et depuis seize jours déjà, les dirigeants de structures équestres sont appelés à départager Serge Lecomte et Anne de Sainte Marie à l’occasion d’un second tour de scrutin inédit dans l’histoire de l’organisation, qui fêtera bientôt son centenaire. Devancée de moins d’1,5 point au premier tour, la porte-drapeau d’À cheval demain se positionne quant aux problématiques des trois disciplines olympiques, mais aussi des relations avec le monde de l’élevage. Si elle entend bien faire du sport une priorité, qui plus est avec les Jeux olympiques et paralympiques de Paris en ligne de mire, elle n’oublie pas d’évoquer les clubs, maillon essentiel de la filière.



Comment avez-vous accueilli les résultats de la première assemblée générale élective, lors de laquelle vous avez obtenu de très bons scores, sans toutefois parvenir à obtenir de sièges au comité fédéral?

En théorie, le comité aurait pu être composé d’élus de plusieurs listes, mais en pratique, je savais que c’était impossible. Ce ne sont pas les mêmes personnes qui votent pour les trois collèges, mais les électeurs votent toujours en bloc, et souvent en fonction de la tête de liste. Sur ce point, je n’ai pas été surprise. Toutefois, nous sommes des compétiteurs, alors il est rageant de passer si près d’une victoire. En revanche, nos scores ont été exceptionnels. Et au-delà, je retiens le résultat cumulé des électeurs prêts au changement, qui représentent 55% des voix. Serge Lecomte avait affirmé qu’il se retirerait s’il n’obtenait pas la majorité absolue au premier tour… Il ne l’a pas fait, mais ces résultats confortent mon projet. 

Dans le cas où vous seriez élue, comment envisagez-vous la “cohabitation” avec un comité fédéral ayant défendu les idées de Serge Lecomte? Dans quelle mesure pourrez-vous mettre en œuvre votre programme?

Nous avons affaire à un vieux système, qui émet des résistances aux changements. Si je suis élue, cela signifiera que j’aurai obtenu plus de 50% des voix. À ce moment-là, je pense qu’il faudra placer chacun face à ses responsabilités. Qui voudra construire l’avenir de l’équitation? C’est cette question qu’il faudra se poser. Je pense que ce n’est jamais un problème de personnes, mais de système. J’ai confiance en la capacité des gens à travailler ensemble, y compris avec moi. On parle d’un comité de trente personnes, mais les élus représentent avant tout les dirigeants qui les ont élus. Après trois mois de travail, s’il n’y a pas de consensus, nous en appellerons aux dirigeants, via une consultation directe qui éclairera l’avis d’un comité élargi. Cette gouvernance serait inédite, mais c’est un très beau challenge. 

D’un point de vue général, la FFE a perdu la culture de la démocratie. Or, on n’hérite pas de la présidence, on l’obtient par une élection. De même, il n’y a plus d’échanges internes. Ne pas être d’accord ne signifie pas systématiquement être contre une personne. En coupant court aux discussions, on assèche la production d’idées. Si je suis élue, on pourra parler de tout. Je suis capable d’entendre que les 43% de personnes ayant voté pour Serge Lecomte n’ont pas adhéré à mon projet. Il y a aura peut-être du verbe haut, parce que notre milieu est fait de passions, mais cela ne me fait pas peur. Je suis persuadée que ce qui en sortira sera extrêmement productif pour l’équitation. Trouvons ce consensus pour que toute la famille soit réunie autour d’une politique qui la représente.

Une fois passés les Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo, puis les championnats d’Europe des trois disciplines majeures, maintiendrez-vous, quels que soient les résultats de la France, l’équipe d’encadrement technique actuellement en place jusqu’aux Jeux de Paris 2024?

Compte tenu de mon expérience et de mon observation du haut niveau depuis quelques années, je ne crois pas que changer cet encadrement technique soit une solution. Les Jeux de Tokyo, vu leur préparation et leur configuration, vont être particulièrement singuliers. Par conséquent, je ne sais pas quels enseignements techniques et sportifs nous pourrons en tirer. Ayant vécu les Jeux de Londres, je pense qu’une partie de la victoire à Rio repose sur l’apprentissages des échecs de Londres. À l’inverse, je dirais que la défaite de 2012 avait mis en lumière le manque d’enseignements tirés des Jeux de 2008. D’autre part, ceux de Paris auront lieu dans un peu plus de trois ans. Nous n’aurons que deux saisons complètes pour les préparer. Nous devrons donc analyser les performances de Tokyo, mais je crois qu’il ne faudrait surtout pas modifier l’encadrement actuel des équipes de France.



“Je veux que la FFE devienne un partenaire des jeunes cavaliers”

Lors des débats organisés durant la compagne pour le premier tour de cette élection, vous avez parlé, comme les deux autres candidats, Serge Lecomte et Jacob Legros, d’une équipe qui gagne. Pour autant, depuis les Jeux de Rio, en 2016, l’équipe de France Seniors de saut d’obstacles n’a plus remporté de médaille. Comment analysez-vous cette phase 2017-2019?

L’échiquier du saut d’obstacles mondial évolue très vite et beaucoup, en fonction de vagues qu’on a connues de tout temps, et avec un besoin croissant d’argent et de chevaux, toujours plus de déplacements et une pression plus importante du classement mondial. Cela vaut pour tous les pays, mais ces nouvelles logiques ne facilitent guère l’émergence et la mise en situation de nouveaux couples. Après 2016, la plupart de nos jeunes se sont retrouvés confrontés pour la première fois à ces sujets-là. Face à cela, nous devons parvenir à monter d’un cran en termes de formation des cavaliers sur des sujets autres que sportifs: management, recherche d’investisseurs, communication et structuration de leurs systèmes. C’est le projet que je porte: je veux que la FFE devienne un partenaire de ces jeunes, afin de les aider à trouver des investisseurs, qui représentent le nerf de la guerre. Concernant l’accompagnement technique et sportif, je trouve que ce qui est actuellement en place est très bien – les performances en attestent. Cependant, nos jeunes réalisent des exploits mais peinent à se montrer réguliers, ce qui a des conséquences sur le classement mondial. Pour moi, ces problèmes relèvent plus du système que de la technique: c’est une question de volume de chevaux, d’investisseurs et de stratégies d’entreprise. 

Dans quelle mesure et à travers quelles actions la FFE doit-elle s’appuyer sur le fonds de dotation EquiAction?

Si je suis élue, j’espère bien pouvoir m’appuyer sur EquiAction, que je trouve très pertinent. J’ai d’ailleurs eu des échanges à ce sujet durant sa phase de création. Lorsque je dirigeais le haras de la Cense, avec William Kriegel (entrepreneur franco-américain, fondateur du haras, ndlr), nous avions créé l’un des premiers fonds de dotation de l’univers équestre. EquiAction s’en est inspiré. Ses missions et son cadre statutaire sont tout à fait en phase avec le projet que je porte. Cette structure juridique permettra de lever de l’argent et d’encourager la générosité, en faisant bénéficier les donateurs d’une défiscalisation à hauteur de 60 %. À mon sens, ce fonds devrait soutenir l’accompagnement de la haute performance et des jeunes talents, ainsi que des actions de médiation par et au-delà du cheval.

Malgré les efforts visiblement soutenus de la FFE, les équipes de France de dressage et para-dressage progressent peu dans la hiérarchie mondiale. Quel est votre plan d’action en vue de Paris 2024?

En dressage, les progrès de nos couples me semblent importants, et notre vivier s’élargit. Cependant, les autres nations progressent également très vite. Les épreuves se gagnent davantage autour de 80 % que de 75 %, comme c’était le cas il y a cinq ans. Il y a donc un effet de rattrapage. Je constate une très belle dynamique en France, et pas seulement au sommet de la pyramide. Le nombre d’engagements croît dans toutes les divisions. Il n’y a pas de résultats significatifs à très haut niveau, mais il y a une jeune génération qui pousse. Les médailles aux championnats d’Europe Enfants sont porteuses d’espoirs. En outre, lors des derniers championnats de France, à Vierzon, j’ai pu voir que le niveau moyen des chevaux et cavaliers augmente significativement. L’état d’esprit de la jeune génération, l’évolution positive de la discipline et un bon mix entre cavaliers de différentes générations devraient nous permettre d’atteindre les résultats escomptés.
Quant au para-dressage, j’en fais une priorité. Les trois disciplines olympiques méritent d’être exposées, même si leur médiatisation, en dehors d’un public spécialisé, demeure difficile. En revanche, le para-dressage représente un véritable espoir de ce point de vue. En plus d’être représentée aux Jeux, cette discipline est porteuse de valeurs fortes, et son image est très sous-exploitée. C’est une question de moyens. Pour obtenir quatre médailles en 2024 à Paris, dont une en para-dressage, je consacrerai les moyens nécessaires, particulièrement en para-dressage, à l’image de ce qu’a pu faire la Grande Bretagne avant les Jeux de Londres.

Hormis en complet, où la France enchaîne les podiums, depuis 2014, le bilan tricolore aux championnats d’Europe Jeunes ne comprend, en saut d’obstacles, “que” deux médailles individuelles chez les Enfants et deux autres chez les Juniors, et, en dressage, “que” quatre médailles par équipes et une individuelle dans la catégorie Enfants, où toutes les grandes nations ne concourent pas encore. Où se situe(nt) le(s) problèmes et comment y remédier?

Ces championnats demeurent des objectifs annuels. Il y a des effets de générations, mais la priorité est que ces rendez-vous contribuent à élargir le vivier des équipes de France Seniors. Par le passé, certains ont suivi ce que l’on pourrait qualifier de voie royale, en passant par ces championnats Jeunes. Cependant, il ne faut pas en faire l’alpha et l’oméga. En ne se concentrant que sur les couples “médaillables”, on passe à côté de talents. C’est pourquoi je propose, à travers mon programme Jeunes Talents, le constitution de deux voies, qui pourront s’entrecroiser: celle des “médaillables” et celle des Jeunes Talents, permettant de détecter des athlètes sur d’autres critères que la performance pure: niveau technique, talent, motivation ou encore scolarité. Les accompagner jusqu’à dix-huit ans permettra de créer un vivier de futurs professionnels bien formés disposant des armes pour devenir des champions.



“Il faut relancer le complet en division Club si l’on veut sauver la filière de cette discipline”

La France demeure, de très loin, le plus grand pays organisateur de concours hippiques internationaux au monde, grâce notamment à des sociétés, nationales ou étrangères, qui ne cessent de se développer, de se professionnaliser et de proposer toujours plus de dates. Pour autant, bon nombre d’événement traditionnels et populaires, généralement portés par des associations, disparaissent ou s’affaiblissent d’année en année. Faut-il les soutenir ou se satisfaire de ces mutations du paysage événementiel?

En saut d’obstacles, on assiste à une véritable professionnalisation des acteurs, répondant aux exigences des compétiteurs quant à la qualité d’accueil, de sols, etc. Cela a créé un modèle économique reposant sur le volume. La qualité de ces événements a crû. On peut être fier des concours français à tous les niveaux. En revanche, la raréfaction des sites est un constat plus ennuyeux. Ce marché est arrivé à maturité, ce qui implique une concentration des lieux et une diminution du nombre d’acteurs. Cela représente un risque à moyen terme. En effet, se rendre tous les week-ends au même endroit risque de lasser les cavaliers et le public. En outre, depuis une dizaine d’années, la baisse du nombre de licenciés provoque une diminution du nombre d’engagés. La seule réponse à cela est l’innovation, dans le sens de l’originalité et de la créativité. Les organisateurs doivent se challenger eux-mêmes; sinon, tout le monde y perdra. Parmi les concours qui ont su garder leur attractivité, je citerai ceux de la plage d’Erquy, au niveau national, et de Dinard, pour le très haut niveau, avec en prime une vraie histoire sportive.

Quid du concours complet?

La problématique n’est pas du tout la même. La majorité des événements sont aujourd’hui organisés par ou en partenariat avec l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE) et la FFE. Il faut maintenir cet engagement, mais, de manière générale, l’enjeu pour la discipline réside dans le développement de la division Club. Il y a des régions, dont l’Auvergne-Rhône-Alpes, où il n’y a plus de terrains de cross. Sans terrain, plus de concours, alors les jeunes ne découvrent plus la discipline, et ne la pratiquent plus. À terme, ces cavaliers ne deviendront pas propriétaires et ne feront pas vivre l’économie des éleveurs et entraîneurs. Il faut aider les organisateurs et créer des ouvertures réglementaires. En tout cas, il faut relancer le complet en division Club si l’on veut sauver la filière de cette discipline.

Les grands concours sur herbe se raréfient, notamment pour des raisons financières liées à l’entretien de ces pistes. Vous satisfaites-vous de cette évolution? Dans le cas contraire, que faire pour maintenir cette tradition, qui contribue grandement à la renommée d’évènements comme ceux de La Baule, Dinard, Fontainebleau, Chantilly, Le Touquet ou Maubeuge? Êtes-vous, par exemple, favorable à l’aplanissement et à l’ensablement du Terrain d’Honneur du Grand Parquet?

Sur ce sujet, il est urgent d’attendre. En dehors des coûts d’entretien, il y a de vrais arguments techniques quant à la qualité des sols, la valeur croissante des chevaux, ainsi que leur fragilité. Les chevaux sont devenus plus fragiles car ils évoluent majoritairement sur des pistes en sable – cela a été prouvé. Maintenir un terrain en herbe en gardant une piste en sable comme alternative en cas d’intempéries coûte très cher. Pour autant, je pense qu’il faut avoir une vision plus large et surtout de long terme. Nous devons miser sur l’originalité, surtout dans un contexte de forte concurrence mondiale. En tout cas, il ne faut surtout pas prendre de décision précipitée, particulièrement pour une piste aussi emblématique que le Terrain d’Honneur de Fontainebleau.

Concernant le complet, où la France semble de plus en plus dynamique à tout point de vue, il existe un problème récurrent concernant les dotations des belles épreuves. La FFE consent de réels efforts financiers au service des cavaliers et propriétaires dans le cadre du Grand National, comme en dressage et en jumping d’ailleurs. Quel rôle peut-elle jouer pour attirer des sponsors et trouver un équilibre entre des organisations très coûteuses et des cavaliers soucieux de vivre plus dignement de leur sport?

À haut niveau, nos cavaliers ne peuvent pas aspirer à vivre exclusivement de la pratique de leur sport. Comme dans les autres disciplines, y compris le saut d’obstacles et le dressage, il faut enseigner et vendre des chevaux. Pour cela, il faut avoir des clients. Le rôle de la FFE est donc de produire des clients pour ces cavaliers. Chaque année, on constate une baisse du nombre d’engagements en complet. Moins de clients, c’est moins de chevaux achetés et moins de services vendus. Ces dernières années, on a commis une erreur en essayant de copier-coller le modèle du saut d’obstacles. C’est une aberration. En jumping, on peut organiser des épreuves pour ses clients en parallèle de grandes compétitions. Techniquement, pour plein de raisons, ce n’est pas possible en complet. Pour autant, on assiste à une professionnalisation des acteurs. Certains cavaliers ont mis en place des systèmes beaucoup plus structurés et promeuvent des initiatives très intéressantes. Il faut repenser des modèles applicables à cette discipline, reposant sur l’enseignement, le commerce et les performances sportives. Les cavaliers de dressage, qui concourent moins que ceux de saut d’obstacles, me disent souvent qu’ils alternent entre leurs échéances et celles de leurs élèves. Je trouve cela extrêmement intéressant. En complet, de ce point de vue, on est un peu au milieu du gué.

Quelles relations la FFE doit-elle entretenir avec le monde de l’élevage? Serait-il opportun, et pourquoi, d’engager une fusion de la FFE et de la Société hippique française (SHF), comme Serge Lecomte l’a évoqué durant un débat?

Les termes belliqueux et un peu guerriers ne font pas trop partie de ma sémantique. Plutôt que de fusion, je préfère parler de partenariat. Et il est clair qu’il en faut un avec la SHF. D’une part, la FFE et la SHF représentent une seule et même filière. D’autre part, nous avons des intérêts convergents à bien des niveaux. Aujourd’hui, on ne trouve plus de chevaux d’école, donc il y a de vrais ponts à bâtir avec les éleveurs, pour répondre aux besoins de tous les consommateurs, qu’ils concourent en Club, Amateur, Professionnel on International.



“Un million de licenciés comme on l’entend aujourd’hui, c’est une utopie”

Où réside le problème pour les chevaux de club?

Autrefois, le prix d’achat d’un cheval de club de quatre ou cinq ans était compris entre 3 et 4.000 euros. Évidemment, c’était en-dessous des prix de revient pour les éleveurs. Cependant, les politiques d’élevage permettaient aux chevaux n’ayant pas de grandes aptitudes sportives de devenir de bons maîtres d’école. L’évolution de l’élevage a grandement compliqué tout cela. Fruits de croisements avec des courants de sang étrangers, bien loin du Selle Français Originel, beaucoup de chevaux ont trop de sang et de réactivité pour convenir aux élèves des clubs. De plus, les relations se sont distendues entre éleveurs et marchands. À cela s’est ajoutée l’arrivée massive d’équidés provenant du Benelux. Enfin, on n’a plus, ou moins, la capacité à former ces chevaux. Au sein des clubs, les animateurs ou enseignants n’ont pas forcément été initiés à cela. Du coup, aujourd’hui, le prix d’un cheval de club, un peu plus âgé et avancé dans son apprentissage, a presque doublé. Il y a donc à faire en termes de production, de mise en relation et de valorisation. Il faut mener une vraie réflexion avec la SHF sur ses circuits et leur organisation, afin que tout le monde s’y retrouve mieux économiquement.

Serge Lecomte promeut l’objectif d’atteindre un million de licenciés. Qu’en pensez-vous?

Un million, c’est le chiffre que j’ai annoncé la première. Mais à l’inverse de Serge Lecomte, je parle de communauté cheval et non de cavaliers. Un million de licenciés au sens où on l’entend aujourd’hui, avec des licenciés qui ne concourent pas et ne passent pas de Galops, c’est une utopie, un slogan de campagne. En revanche, une communauté d’un million de passionnés, cavaliers ou non, ayant déjà monté un cheval ou non, c’est réaliste. Cela a un sens économique pour nos structures, un sens politique pour ce que représente l’équitation dans le monde, et un sens culturel. Il s’agit que le cheval infuse toutes les tranches de la société. On a fait miroiter que n’importe qui pouvait monter à cheval, concourir et participer à l’Open de France, ce qui est un mensonge. Le coût d’une saison de compétition, sans être propriétaire ni aller à Lamotte-Beuvron, ne peut être assumé que par une infime part de la population.

Je défends la démocratisation du cheval, mais avec un accès aux équidés pouvant être ponctuel, via des programmes de cohésion sociale ou le tourisme. Une balade coûte 30 à 40 euros de l’heure, ce qui n’a rien à voir avec trente-six heures de cours à 15 euros l’unité. Ensuite, il y a des pratiquants plus réguliers, des compétiteurs et des propriétaires. Il n’y a pas une seule pratique de l’équitation, mais bien plusieurs, pour tous et tous les budgets. Dans ce cadre, on peut avoir une communauté regroupant un million de personnes, en prenant aussi en compte l’entourage des cavaliers. C’est le sens de ma réforme de la licence. Il faut la repenser en partenariat avec d’autres fédérations rencontrant les mêmes problèmes. La FFE deviendrait alors un apporteur d’affaires, ayant identifié les amoureux du cheval et leur proposant des produits adaptés.

La FFE œuvre depuis longtemps à la démocratisation de l’équitation. Compte tenu de la prise en compte toujours plus grande des notions de bien-être animal, on attend des structures équestres qu’elles prennent grand soin des chevaux et que ceux-ci passent le plus de temps possible dans des paddocks, par exemple. Peut-on vraiment concilier cela avec des tarifs attractifs, condition indispensable de la démocratisation?

Selon moi, la qualité de vie des chevaux dépend de celle des gens qui travaillent à leurs côtés. Avec cette vision ambitieuse de la communauté cheval, il n’y a ni opposition, ni contradiction avec le bien-être animal. Nous pouvons proposer des produits rentables, comme les balades. Je propose un projet économique plus fédérateur et rémunérateur, se fondant sur une consommation ponctuelle. Cela permettra de donner aux personnels travaillant avec les chevaux des moyens d’améliorer au quotidien la vie des équidés. L’autre nœud du problème réside dans les bâtiments et leur fonctionnalité. Mon plan cheval permettra de trouver de l’argent à investir intelligemment, avec l’aide du bureau d’études que nous créerons avec l’Institut national de la recherche agronomique (INRAE) et l’IFCE.

Comment imaginez-vous un club modèle dans dix ans?

Il n’y a pas un seul modèle, mais plusieurs. Cependant, le principe de base serait d’avoir un lieu ouvert, tel un jardin public dans une ville ou une ferme ouverte en campagne, par exemple. Ce serait un lieu multi-activités, avec des chevaux, et pourquoi pas aussi un parcours santé, un relais d’une association pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP), qui viendrait vendre des fruits et légumes biologiques un soir par semaine. Ce serait un lieu où le cheval resterait au cœur du dispositif. La connaissance du cheval doit venir en amont de l’équitation. Une fois énumérés ces éléments forts, chaque club doit rester unique et singulier.

Entretien réalisé le 26 mars.