Alexandra Francart, la compétition comme moteur, la famille comme pilier

À cheval avant de savoir marcher, Alexandra Francart a très vite démontré qu’elle avait la carrure d’une grande cavalière en cumulant, dès son plus jeune âge, de nombreuses victoires en CSIO. Alexandra, c’est aussi la longévité dans le sport, côtoyant le haut niveau depuis plus de deux décennies. Elle nous explique combien la passion, l’écoute de ses chevaux et l’humilité, que demandent les sports équestres, la portent sur son parcours d’athlète et de femme. Cette rencontre vous est proposée par Dada Sport.



En quelques mots, comment êtes-vous arrivée à la compétition de haut niveau ?

©Jessica Rodrigues

“Étant issue d’une famille de cavaliers, la compétition est venue à moi naturellement et assez rapidement. Je suis animée depuis mon plus jeune âge par la passion des chevaux et de ce sport. Une passion qui m’a construite et aidée à gérer les difficultés et surmonter les étapes qu’un sport comme celui-ci implique. Accéder au haut niveau est l’association de plusieurs ingrédients. En ce qui me concerne, l’organisation est essentielle et me permet d’avoir un rythme à la fois régulier et soutenu sans perdre de temps. Je crois aussi au travail consciencieux et rigoureux, et évidemment je suis à l’écoute de mes chevaux, élément primordial et indispensable à leur évolution et des couples qu’ils formeront avec leur cavalier. Malgré les apparences, ce sport demande aussi d’avoir un physique résistant et endurant dans le temps ; j’ai la chance d’avoir un corps qui me permette de monter plusieurs chevaux tous les jours depuis des années, ce qui est un atout important pour un cavalier pro. La solidité mentale aussi est indispensable à ce sport : on peut être un jour au sommet et le lendemain confronté à des déceptions. Mais je suis toujours stimulée par cette passion viscérale et l’envie, la motivation et le besoin de recommencer pour atteindre les objectifs que je me suis fixés.”

Comment gérez-vous les répercussions physiques et psychiques liées à la pratique intensive de ce sport ?

“Même si je pratique ce sport de façon intensive depuis de nombreuses années, j’écoute beaucoup plus mon corps aujourd’hui qu’à vingt-cinq ans et je sais lever le pied quand c’est nécessaire. Mentalement, je me réfugie dans le travail, il a toujours été ma soupape. Par exemple, si je ne suis pas satisfaite d’un résultat, je vais analyser, étudier les erreurs, essayer de les rectifier pour éviter de les reproduire, et remonter à cheval pour chercher à toujours m’améliorer. Je suis de celles qui pensent que la solution se trouve toujours dans le travail. Mais au-delà de tout, c’est mon cocon familial qui me porte et me ressource. Boris, mon mari, avec qui je travaille, est mon meilleur coéquipier. Il est là pour les bons et les moins bons moments, dans la victoire ou les phases de creux, pour me rebooster et me soutenir. Victor, notre fils, nous suit sur les concours, ce qui me permet de me sentir entourée et ainsi plus forte.”



Dans le couple que vous formez avec votre cheval, lequel des deux joue le plus grand rôle dans votre réussite ?

“Il est indispensable que la connexion s’instaure avec le cheval que je monte. Ses qualités intrinsèques sont évidemment très importantes. Certains chevaux sont bons élèves et cherchent à comprendre ce que je leur demande, et d’autres le sont parfois moins. Mais dans tous les cas, j’aime me donner le temps de les former vers le haut niveau et je m’investis totalement dans la relation. J’ai aussi besoin de feeling et n’ai d’ailleurs jamais réussi à monter un cheval avec lequel je ne m’entendais pas. Donc je dirais que la construction du binôme que nous allons former, construit sur des bases solides, est la clé de la réussite.”

Vous qui évoluez à haut niveau depuis plusieurs décennies, comment vous êtes-vous adaptée pour rester aussi performante dans la durée ?

“Depuis mes débuts, le schéma cavalier / cheval a énormément évolué. Les cavaliers montent de mieux en mieux, adoptent une hygiène de vie plus adaptée à leur sport, ou encore se préparent physiquement en dehors de l’équitation pour se renforcer musculairement et c’est une excellente chose ! La génétique donne des chevaux très sensibles ; le matériel aussi évolue, les barres sont plus légères, les selles sont pensées selon le dos des chevaux et le physique des cavaliers mais aussi les tapis, les guêtres, l’équipement du cavalier, etc. Plus rien n’est laissé au hasard dans la recherche de la performance. Mais même si je m’inspire, m’appuie et suis cette évolution, ma volonté et mes valeurs restent cependant inchangées : respecter l’intégrité de mes chevaux. Je tiens à leur faire aborder les concours le plus sereinement possible. Chaque cheval doit avoir plaisir à travailler, à sauter, et être heureux de se retrouver en piste. Tout comme moi. Même si je suis d’un naturel très organisé, j’agis principalement de manière intuitive à cheval. Je me donne des objectifs en fonction des chevaux, de leur évolution et sans leur mettre de pression en m’adaptant à chacun ; ma top priorité étant toujours leur bien-être et le respect de ce qu’ils peuvent me donner à un moment précis. Ce sont tous ces éléments combinés au travail exceptionnel de l’équipe (groom, véto, maréchal-ferrant…) qui nous permettent une longévité dans ce sport au plus haut niveau.”


©Bertille Fonteneau. Alexandra et sa crack Betty du Prieuré au CSI 4* de Bourg en Bresse. Alexandra est habillée par Dada Sport et porte la veste TZARA, le polo HELIOS ML, et le pantalon GIOVANI. Betty est équipée du tapis HENRI et du bonnet POLIAS.

 



Être une femme sportive de haut niveau qui, au fil des saisons, a su construire un palmarès conséquent, implique-t-il d’être encore plus performante, sans pouvoir faiblir ?

“J’ai parfois eu l’impression d’avoir à en faire plus, mais peut-être parce que je suis naturellement très perfectionniste. Peut-être aussi que j’aurais agi de la même façon dans un milieu uniquement féminin. Quant au fait de faiblir, entre cavaliers pros de niveau égal, tout le monde sait que les creux sont monnaie courante, surtout dans notre sport. Il y a de la compassion, on se rassure, on se comprend, on se soutient. La critique doit être constructive et me porter encore plus haut. Si elle ne l’est pas, je préfère passer à côté et me concentrer sur mes objectifs.”


©Jessica Rodrigues. La longévité à haut niveau est la marque de fabrique d’Alexandra Francart. Ici avec Volnay du Boisdeville lors des JEM à Tryon en 2018.

 

Comment gérez-vous cet équilibre entre femme compétitrice de haut niveau et vie de famille ?

“Je suis passionnée par mon sport et l’adrénaline qu’il m’apporte au quotidien, mais j’aime aussi faire la part des choses et prendre le temps pour ma famille. Même si j’adore mes chevaux, être maman est sans aucun doute le plus beau rôle de ma vie. J’ai toujours eu besoin de construire mon cocon, ma vie de famille en marge de mon sport. Victor est né en 2010, j’ai essayé de profiter pleinement de cette maternité et dès que j’ai repris le chemin des concours, il était de tous nos déplacements. J’en garde de formidables souvenirs. Mais pour arriver à cela, il faut être organisé et c’est totalement mon domaine de prédilection et je dirais même ma force ! (rires) La semaine est cadrée au millimètre près pour pouvoir profiter pleinement de ma famille sans que mon programme sportif n’en souffre. Très solidaires, nous avançons ensemble, dans la même direction et c’est grâce à ce soutien que je peux m’investir pleinement dans mon sport. 



Le mot de la fin ?

Vivre de sa passion est une chance. J’en ai conscience. Mais je n’oublie pas que le sport, quel qu’il soit, est une éternelle remise en question. La ténacité, la persévérance et le travail sans relâche sont les clés de la réussite. Mais toutes ces concessions et ces sacrifices en valent la peine, car rien n’égale la sensation d’être à la tête d’un tour d’honneur.”

L’intégralité de la collection Dada Sport est disponible sur dadasport.com.