Les belles histoires des quatre dresseurs tricolores en route pour Tokyo

Morgan Barbançon Mestre et Sir Donnerhall II OLD, Maxime Collard et Cupido PB, Isabelle Pinto et La Gesse Hot Chocolat vd Kwaplas et Alexandre Ayache et Zo What, sont les quatre couples qui composent l’équipe de France de dressage pour les Jeux olympiques de Tokyo, qui débuteront dans moins de dix jours. Quatre couples aussi dont le chemin aurait pu ne jamais passer par le Japon. Pourtant, le destin en a décidé autrement et les voilà partis pour une aventure olympique qui s’annonce extra-ordinaire. Focus sur quatre belles histoires, made in France



Cupido PB, des épreuves Amateurs aux JO

Maxime Collard et Cupido PB.

© PSV

Au mérite de leur belle progression tout au long de la saison, Maxime Collard et Cupido PB se sont envolés pour les Jeux olympiques de Tokyo en tant que titulaire de l’équipe de France. “Cette participation est une énorme récompense, notamment pour sa propriétaire Céline Rozé, qui a fait un gros sacrifice personnel, et est ravie de pouvoir vivre ces aventures avec son cheval. Les Jeux sont un Graal pour tous les sportifs, mais aussi pour toute une équipe”, reconnaît avec justesse l’amazone à l'occasion de la conférence de presse organisée mardi avant leur départ au Japon.

Sans le choix de Céline Rozé de laisser la main à Maxime Collard pour permettre au fils de Painted Black de progresser vers le plus haut niveau, l’étalon de quatorze ans aurait pu ne jamais intégrer l’équipe de France. “Cupi (comme Cupido PB est affectueusement surnommé, ndlr) fait partie des belles histoires de ces Jeux. Il a été acheté à trois ans par Céline Rozé, cavalière Amateur. Beaucoup de professionnels l’ont vu à cet âge et ne l’ont pas acheté (rires). Il avait de très bons postérieurs, un avantage pour le dressage, et était énergique. Cela fait d’ailleurs sa qualité aujourd’hui. Nous l’avons formé toutes les deux jusqu’à ses sept ans. Tout comme Céline, je le montais en compétition.” Assez rapidement, les qualités du KWPN émergent et mènent les deux cavalières à le présenter au staff fédéral, Emmanuelle Schramm-Rossi et Jan Bemelmans. “Le cheval présentait de vraies qualités pour le piaffer et le passage. Avec Céline, nous nous sommes demandées si on continuait en vue de l’objectif initial, qui était d’emmener sa propriétaire au niveau Amateur Élite, ou si je le dressais en vue de passer au niveau Grand Prix. Elle a adorablement accepté de se mettre en retrait, et nous a suivi dans cette aventure.” Si le couple a mis un peu de temps à se prendre ses marques concernant l’exécution des changements de pied au temps, il a progressivement remédié au problème avec l’aide de Jan Bemelmans.

“Le cheval vit sa quatrième saison en Grand Prix, mais il a passé un cap après la sortie du premier confinement” au printemps 2020, confirme Maxime Collard. “Depuis, il répète. De temps en temps, nous commettons un faux pas et nous savons que cela peut encore nous arriver. Pour l’heure, nous ne faisons pas partie des couples les plus expérimentés. Nous évoluons encore, le cheval a un cœur plus gros que lui, mais il est super, avec une personnalité assez atypique.” 

Formé patiemment, Cupido PB est en pleine forme à quatorze ans. Après les CDIO 5* de Compiègne et CDI 4* du Mans, où il n’a fait que confirmer son potentiel, lui et sa cavalière sont désormais à quelques jours de présenter leur Grand Prix à l’occasion de la plus grande échéance sportive mondiale.  



Sir Donnerhall II, de condamné à pilier de l’équipe de France

Morgan Barbançon Mestre et Sir Donnerhall II aux championnats d'Europe de Rotterdam en 2019.

© Sportfot

Morgan Barbançon Mestre s’apprête à vivre ses deuxièmes Jeux olympiques, cette fois-ci sous les couleurs de la France et de son fidèle Sir Donnerhall II, après une première expérience à Londres en 2012 avec Painted Black, alors sous la bannière espagnole. L’histoire de l’étalon aurait pu être tout autre, et s’écrire dans un pré. Un soir de juillet 2013, alors que le fils de Sandro Hit est dans un box au CDI de Falsterbo, celui-ci a en effet été victime d’un accident. “Quand j’y repense, cela me met les larmes aux yeux, parce qu’il revient de très en loin”, s’est remémorée l’amazone lors de la conférence de presse tenue mardi 13 juillet avant leur départ pour le Japon. “J’ai failli le perdre, dans la nuit du 7 juillet 2013. On m’a appelé à 23h pour que je vienne en urgence aux écuries. Quand je suis arrivée, j’ai vu mon cheval sur trois pattes, la dernière complètement ouverte, qu’il n’arrivait plus à poser au sol. Le vétérinaire du concours m’a conseillé de l’euthanasier car, selon lui, il ne s’en remettrait pas. J’ai appelé mon équipe de vétérinaires pour savoir ce qu’il fallait faire.” 

Finalement, Morgan Barbançon Mestre, aidée de ses parents, son groom et d’autres personnes encore, arrivent à le mettre dans un camion, qui le conduit en clinique pour une opération. “Il y est resté trois mois, plâtré. Quelques ligaments avaient été recousus notamment. C’était vraiment une grosse blessure. Nous lui avons sauvé la vie et donné quelques mois de repos. Mais nous n’avons pas voulu le laisser au pré pour le reste de sa vie.” À force de persévérance et de soins, Sir Donnerhall II reprend doucement le travail. “Il a fait beaucoup d’aquatrainer, et j’ai pu le remonter lorsqu’il s’est un peu remusclé. Seulement au pas d’abord, puis au trot. Gentiment, en prenant notre temps, nous avons refait du cardio, des trottings dans la forêt, et il a progressivement repris le travail alors que tous les pronostics étaient très pessimistes. Nous avons eu une super équipe de vétérinaires et d’ostéopathes que je remercie aujourd’hui encore de m’avoir accompagnée car huit ans après, il n’en garde aucune séquelle!”, confie la jeune femme à l’occasion du portrait consacré par GRANDPRIX à son miraculé complice dans son numéro de juillet/août.

“Cela nous a pris du temps mais nous y sommes arrivés. Les années sont passées, le cheval ne fait que mûrir et s’améliorer, comme du bon vin.” En témoigne ses performances ces dernières années, qui vont d’un titre de champion de France Pro Élite en 2018 à une sélection aux championnats d’Europe l’année suivante, ainsi qu’une victoire sur le circuit Coupe du monde à Budapest en 2020 ou encore un excellent Grand Prix à Doha en début de saison…

“Je suis très fière de lui, il prouve qu’il est un battant. Être ici est une récompense énorme, pour lui qui le mérite, mais aussi pour toute l’équipe autour, qui a fait en sorte qu’il puisse être là. Pour moi, c’est déjà une médaille”, a conclu Morgan Barbançon Mestre.



La résilience d’Alexandre Ayache

Le 2 octobre 2020, la tempête Alex a tout balayé tout sur son passage dans deux vallées des Alpes-Maritimes. Une partie des écuries d’Alexandre Ayache, situées en vallée de Vésubie, sont détruites. S’il n’y a heureusement que des dégâts matériels, les conditions d’entraînement du Niçois deviennent délicates. “C’était une année pas ordinaire où le sort s’est un peu acharné. On a commencé l’année sportive avec cette tempête qui emmené soixante-dix à quatre-vingt pourcent de l’écurie et m’a mis dans l’incapacité de m’entraîner de manière sereine, et de pouvoir sortir de l’écurie puisqu’il n’y avait plus de route. Nous avons perdu vingt boxes sur les trente, la moitié du sable de la carrière, des toitures, ce qui a mené à trois mois compliqués”, rappelle-t-il.

Au milieu de problèmes avec les assurances, qui font traîner les procédures, Alexandre Ayache est loin de baisser les bras. “À côté, il y a eu des belles choses et nous essayons de nous concentrer sur le positif. Zo What (sa monture olympique, ndlr) a participé au CDI 3* du Mans en février avec succès après une dizaine de jours d’entraînement seulement. C’était d’ailleurs la meilleure performance qu’il n’ait jamais réalisée (avec 72,109%, ndlr). Une reprise encourageante pour la suite de la saison, rendue possible notamment grâce à un élan de solidarité et la création de l’Association des week-ends solidaires, pour aider les sinistrés. “Ils sont venus chez moi un samedi de février avant que je parte au Mans, à plus de cent-trente personnes, déblayer les paddocks, etc. Ces gens-là sont en grande partie facteur de ma qualification.” Le dresseur a également pu compter sur le soutien de la Fédération française d’équitation (FFE) dès le lendemain des intempéries, et tout du long ces derniers mois.

Une petite blessure du fils de Scandic en milieu de saison a privé le couple du CDIO 5* de Compiègne. Alexandre Ayache affiche alors la volonté de le préserver en vue du dernier concours de sélection, au Mans. “L’objectif était d’y réaliser le Grand Prix pour observer son comportement en piste et sa santé. Il était très bien. Aujourd’hui il est en forme, techniquement aussi et à dix-sept ans, il n’a pas besoin de répéter tous les jours. Mentalement il est au top, nous sommes contents.”

Après la pluie, vient le beau temps. Alors qu’il accueillera très prochainement un deuxième enfant avec sa femme, l’amazone estonienne Grëte Puvi Ayache, le moral est au beau fixe pour le Tricolore, qui vivra ses premiers JO en tant que titulaire après avoir été réserviste en 2016 à Rio de Janeiro. “Il est évident que j’ai à cœur de bien faire pour ceux qui m’ont aidé aux écuries, leur montrer que je pense à eux tous les jours, et ils sont d’ailleurs encore en train d’aider des sinistrés. C’est important aussi pour mon équipe proche, Isabelle Morgan et Maxime, l’équipe plus large de la FFE, mais aussi mon équipe à moi, tous les gens qui m’ont soutenu cette année. Je leur dois beaucoup et je suis là en grande partie grâce à eux. Cela ne m’ajoute pas de pression supplémentaire, mais au contraire, c’est une aide. Se sentir porté est un sentiment agréable et me donne la niaque. Il y a tout un tas de choses qui font que, pour ma part, il est difficile d’avoir une meilleure ambiance”, achève-t-il, tout en espérant néanmoins “une année 2021 plus soft !”



Le caractériel La Gesse Hot Chocolat vd Kwaplas peut remercier Isabelle Pinto

S’ils seront remplaçants pour ces Jeux, Isabelle Pinto et La Gesse Hot Chocolat vd Kwaplas auront un rôle important auprès de cette équipe de France. Le hongre de quatorze a rejoint il y a quelques années déjà les écuries de l’amazone, qui s’entraîne désormais dans les Bouches-du-Rhône, à Cabriès. “Hot Chocolat est arrivé chez nous à l’âge de sept ans, en dépôt-vente. C’était une ancienne cavalière d’obstacle qui l’avait acheté. Il avait quelques problèmes de caractère et n’était pas toujours d’accord pour travailler. Mais on s’y est mis, c’était un véritable challenge”, se souvient-elle.

Appréciant énormément son fils de Sir Donnerhall, âgé de quatorze ans, elle propose au haras de la Gesse de l’acquérir. La structure du Sud-Ouest est d’un grand soutien pour la famille Pinto et les accompagne dans leurs rêves. L’époux d’Isabelle, Carlos, a été sélectionné avec Sultao Menezes dans l’équipe olympique du Portugal, tandis que sa fille, Mado, a signé la meilleure performance française aux championnats d’Europe Jeunes cavaliers d’Oliva avec Hot Bit de la Gesse.

“Personne ne pensait vraiment qu’il arriverait un jour au Grand Prix. Mais j’y croyais ! Grâce à la persévérance, au travail, à la confiance, nous y sommes arrivés, et je suis fière de lui, mais aussi de l’équipe qui m’entoure : le maréchal-ferrant, le vétérinaire, le groom, mon mari, etc”, confie la Sudiste. D’un titre de champion de France Pro 3 en 2016 aux Jeux olympiques, le duo progresse et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

Isabelle Pinto et La Gesse Hot Chocolat vd Kwaplas ont honoré leur première sélection en équipe de France lors du CDIO 5* de Compiègne.

© PSV