Eic Coriolis des Isles, l'atout prometteur de Max Kühner au formidable patrimoine génétique

Âgé de neuf ans, Eic Coriolis des Isles sait se montrer redoutable lorsqu’il arpente les terrains sous les couleurs autrichiennes aux côtés de son cavalier Max Kühner. Excellent à Grimaud et brillant à Monte Carlo dans des épreuves à 1,60m, ce Selle Français né au haras des Isles, chez la famille Chiché-Hubert, est le fruit d’un patrimoine génétique savamment étudié, que Paul Hubert s’évertue à préserver. Si son formidable pedigree lui a transmis des aptitudes remarquables, son ascension fulgurante vers le haut niveau est aussi due à une implication commune entre éleveur et cavaliers.



Au CSI 4* de Grimaud, le mois dernier, le couple s'est classé quatrième de l'épreuve cotée à 1,60m.

© Sportfot

“Quand je l’ai essayé au tout début, je n’étais pas vraiment convaincu”, admet Max Kühner. Remarqué très jeune pour son talent, ses résultats et ses origines, le jeune prodige Eic Coriolis des Isles (SF, Zandor x Tlaloc M) n’en restait pas moins délicat et attisait peu les convoitises. Ce n’est qu’en prenant le temps de composer avec sa force et sa grande amplitude que l’alezan de neuf ans a pu déployer à bon escient son large panel de qualités. Bon gagnant sur les circuits dédiés aux jeunes chevaux, Coriolis a quitté les couleurs françaises en 2018, après la Petite Finale des cinq ans de Fontainebleau, au profit de l’Allemagne, où il a continué de prendre de l’expérience au cours de ses six ans.

C'est à cet âge que Max Kühner finit par le découvrir et décide de lui donner sa chance. “Après avoir gardé un temps le cheval chez moi, je me suis laissé séduire et je l’ai finalement acheté”, reprend l’Allemand d'origine, qui concoure sous couleurs autrichiennes mais dont les écuries sont toujours basées près de Munich. “Il a beaucoup de puissance et a besoin d’être contrôlé. Pour cela, il faut beaucoup de travail sur le plat. Plus il est capable de canaliser sa force et mieux il saute!”

Compris et travaillé dans le bon sens, le Selle Français se révèle. Au début du mois d’avril, Coriolis, engagé dans sa quatrième épreuve cotée à 1,60m, s’est brillamment hissé à la deuxième place du Grand Prix du CSI 5* de Monte Carlo, deuxième étape monégasque du Global Champions Tour, juste derrière l’Irlandais Darragh Kenny et Idalville d’Esprit. Deux semaines plus tôt, l’étalon et le cavalier d’Elektric Blue P s'étaient octroyés la quatrième place de l’épreuve cotée à 1,60m du CSI 4* de Grimaud.



“Que le long travail en amont soit poursuivi en aval, pour un éleveur, c’est le rêve”

Popof, pilier de l'élevage vendéen, a été plusieurs fois en tête de liste au palmarès des pères de gagnants en jumping.

© Collection privée

Coriolis est né en 2012 au haras des Isles, situé au Pellerin, en Loire-Atlantique. La famille Chiché-Hubert, qui a notamment fait naître Sylvana des Isles, la grand-mère du champion olympique Rêveur de Hurtebise*HDC, ancien complice de Kevin Staut, Rodéo des Isles ou encore Ashley (ex Alizé des Isles), sélectionne avec le plus grand soin ses croisements depuis toujours. À l’élevage, les chevaux sont “protégés”: ils ne sautent pas plus de trois fois en liberté avant leurs trois ans et essentiellement “sur des dispositifs bien construits pour qu’ils expriment leurs qualités naturelles”. Et, lorsque le fruit de ses efforts se révèle sous ses yeux, Paul Hubert observe et analyse: “Que se passait-il quand Coriolis passait ces tests? Eh bien, il montrait un bel équilibre, un bon passage de garrot, un dos court et en même temps une grande action, beaucoup de souplesse.”

Et Coriolis a de qui tenir! Résultat d’une “longue histoire de famille”, il s’agit d’examiner sa lignée paternelle et sa souche maternelle d’un peu plus près. Son père, Zandor, bon gagnant dans des épreuves à 1,60m sous la selle de Jos Lansink, est le fils de Zeus (ex Gordios), lui-même fils de l’Anglo-Arabe Arlequin et de Urielle, par Matador. Zandor devient alors “la seule source d’approvisionnement en lignée mâle d’Arlequin, avec une mère par Matador, les deux piliers du Haras de Saintes, explique Paul Hubert. Tout comme les étalons Kannan et Cor de la Bryère ont ramené les sangs de Furioso et de Rantzau en lignée paternelle, “la vocation du croisement avec Zandor était de retrouver la lignée Arlequin, encore présente dans les lignées maternelles de certains étalons Anglo-Arabes en activité, mais éteinte en lignée paternelle.” En ce qui concerne la mère de Coriolis, Thaïs des Isles, fille de Dollar de la Pierre, elle sort de l’une des meilleures lignées vendéennes. La grand-mère maternelle de Coriolis, Corallis des Isles, fille des deux piliers du Haras de la Roche (Double Espoir x Popof), grande taille, poids moyen, associait un cadre exceptionnel, des allures amples et une grande légèreté dans le contact. Des qualités léguées à ses descendants, dont Coriolis, véritable ambassadeur de son Terroir Vendéen Charentais.

“Que le long travail en amont soit poursuivi en aval, pour un éleveur, c’est le rêve”, conclu l’éleveur, qui suit attentivement le chemin parcouru par ses produits. Et, comme il le dit si bien, “l’innovation, ce n’est pas de jeter à la poubelle son patrimoine pour aller chercher à l’aveugle à l’étranger, c’est sélectionner son propre patrimoine pour le garder dans l’actualité et monter sur les podiums aux côtés des meilleurs chevaux étrangers.”



“Il n’aurait pas fait tout cela dans les mains de tout le monde”

Vanessa Martinez et Coriolis lors de la Petite Finale des cinq ans, à Fontainebleau, en 2017.

© Collection privée

Mais si Coriolis peut se targuer d’un héritage formidable, savoir exploiter son potentiel n’était pas donné à tout le monde. “Quand il avait quatre ans, beaucoup de personnes le trouvaient super, mais peu d’entre eux auraient osé prendre le pari de l’acheter et de l’emmener jusqu'aux parcours dans lesquels il s'illustre maintenant”, rapporte Vanessa Martinez. L’amazone est arrivée au haras des Isles l’année des quatre ans de l’étalon, pré-débourré, qu’elle a mis en route sur les circuits des jeunes chevaux par la suite. Le travail à fournir est conséquent, mais les cinq victoires consécutives lors de sa première saison sur les terrains de concours donnent déjà un aperçu de l’avenir. “C’était un peu compliqué: il avait une très grande amplitude et, dans les lignes, cela pouvait vite être délicat. Il avait beaucoup de sang. Il y avait un gros travail sur le plat à fournir”, reprend Vanessa Martinez. “Ceci dit, il a toujours été très doué! Il avait beaucoup de force, une énergie et une amplitude compliquées à canaliser, mais il a toujours été un très bon cheval.”

L’année suivante, l’amazone décide de se mettre à son compte et retourne chez elle, accompagnée des jeunes chevaux de l’élevage pour poursuivre leur formation, dont celle de Coriolis. Dans les épreuves réservées aux chevaux de cinq ans, le couple rafle presque tout. À Fontainebleau, ils signent leur dernière victoire commune lors de la deuxième épreuve qualificative en vue de la Petite Finale. “Il avait l’intelligence et la force. Après, il fallait vraiment qu’il rencontre le bon cavalier pour arriver là où il est maintenant. Il n’aurait pas fait tout cela entre les mains de n'importe qui.”

Et le bon cavalier, il l’a trouvé! Max Kühner fait confiance à l’avenir pour révéler un peu plus au monde l’ampleur du potentiel de son crack. “Il donne tout ce qu’un cheval de neuf ans peut donner. Je pense sincèrement qu’il sera capable de participer aux Jeux olympiques”, admet-il. En attendant, le duo s'exercera sur les plus prestigieuses pistes dans la poursuite de cet objectif. Quant à Paul Hubert, il peut être rassuré quant à la bonne continuité de son travail de longue haleine qui vise à faire perdurer la lignée d’Arlequin. En effet, Coriolis lui a déjà laissé “plusieurs générations de descendants, dont certains mâles déjà très intéressants”. L’un d’eux, âgé de trois ans et toujours entier, effectuera ses débuts l'an prochain avec le fils de son éleveur, Charles, sur le circuit dédié aux chevaux de quatre ans.